Cette année 2008 sera le bicentenaire du financement de la construction de l’ancienne tribune de l’église paroissiale Saint-Pierre
de Joyeuse. En effet, La construction de la tribune de l’église Saint-Pierre a été financée par la vente des matériaux de la chapelle du Pouget en 1808.
Il paraît certain que la tribune dont il est question est celle qui a été démontée lors de la restauration de 1952. Cette tribune portée par des
poutres de bois était au dessous de la tribune maçonnée d'origine et actuelle. Son plancher constituait le plafond du tambour actuel. Le passage qui en permettait l'accès est maintenant muré en
parpaings de ciment, visibles au bas de l'escalier d'accès au clocher.
Les paroissiens qui fréquentaient cette tribune étaient sans exception des hommes, ceux qui ne voulaient pas se mélanger au peuple de la nef, ni
aux autres hommes du "chœur" (abside) qui étaient réputés chanteurs. Ces spectateurs, voyant sans être vus, pouvaient tout à leur aise, faire tous commentaires sur la présence ou l'absence
d'Untel ou d'Unetelle, ou sur l'extravagance ou la modestie du chapeau de ces dames. A moins que les commentaires soient plus épicés!
Est-ce ce climat qui a amené la condamnation de la tribune par le Père Firmin Raphanel ? Les "courcoussous" du bois y sont plutôt pour
beaucoup!
Cette opération de financement est décrite dans les actes du notaire Jean Comte, placés aux archives départementales de Privas
dont un extrait, ci-dessous.
°°°O°°°
Vente à la chandelle des matériaux de
LA CHAPELLE DU POUGET
(Archives départementales de l’Ardèche. Jean Comte notaire, 28 novembre 1808)
« Du vingt huit novembre mille huit cent huit à deux heures de relevée dans la salle de l’hôtel de ville de Joyeuse, par
devant moy Jean Comte avocat et notaire impérial de la ville de Joyeuse et les témoins soussignés a été présent Monsieur Louis Antoine Fleury Tardy maire de la ditte ville de Joyeuse, assisté de
Messieurs Jean-Antoine Dussaut Curé de ladite ville, Guilhaume Gasque avocat, et Pierre-Clément Cartier aussi avocat, marguilliers de l’Eglise paroissiale dudit Joyeuse, où ils résident ;
lequel dit Sieur maire nous a exposé que de conformité à l’arrêté de Monsieur le préfet du département de l’Ardèche du vingt neuf octobre mille huit cent huit, qui permet, article premier auxdits
Sieurs Marguilliers de vendre les matériaux de la Chapelle du Pouget, à celui ou ceux qui en fairont les offres les plus avantageuses, que par l’article second, la vente sera
faite à l’extinction des feux et après deux affiches préalables, que par l’article trois, le prix en provenant sera employé à faire construire une tribune dans l’Eglise
paroissiale, que cette construction en aura lieu néanmoins que quand le devis estimatif sera revêtu de l’approbation de mondit Sieur le préfet, que par l’article quatre, si le devis
estimatif n’emporte pas la totalité du prix de vente, la somme qui restera pourra être employée a acheter les vases sacrés dont l’Eglise manque, lorsque l’état desdits vases
sacrés aura été communiqué par la fabrique, que par l’article cinq, le cahier des charges pour ladite vente est approuvé sous la clause expresse que les adjudicataires seront tenus de payer les
frais d’adjudication, d’enregistrement, de timbre et d’expédition de l’acte qui aura lieu, dont extrait sera adressé à Monsieur le Préfet, en forme pour y avoir recours au besoin, il a fait
procéder a deux affiches, les vingt et vingt sept de ce mois et cejourd’hui aux présens jour lieu et heure, en faveur des plus offrants et derniers enchérisseurs, et en conséquence lecture
dudit arrêté et du cahier des charges a été faite aux prétendans présens, et Monsieur le maire nous a requis de faire allumer des feux, de recevoir les offres et d’adjuger lesdits matériaux à
celui ou ceux qui fairont la condition meilleure, en observant qu’il soit eteint deux feux sans offres pour l’adjudication, et que les dittes offres en seront point reçues au dessous de onze cent
francs, et si elles n’y vont point la vente sera renvoyée.
Après quoi il a été allumé un premier feu pendant lequel Laurent Combaluzier fils de Pierre cultivateur habitant dudit Joyeuse a
offert des matériaux de la chapelle dudit Pouget la somme de onze cent vingt cinq francs, payables, deux cent francs cejourd’hui, deux cent francs le jour de la Saint-Jean Baptiste prochain, et
les sept cent vingt cinq francs restant il promet les payer en quatre payements égaux et annuels , le premier desquels commencera dudit jour de la Saint Jean-Baptiste prochain en un an, et les
autres ensuite d’année en année en supportant l’interest au denier vingt sans retenue, de payer les frais d’adjudication, d’enregistrement, de timbre et d’expédition de l’acte qui aura lieu et de
donner bonne et suffisante caution et a signé « Combaluzier ».
Le premier étant éteint il en a été allumé un second pendant lequel Sieur Jean-Baptiste Reynaud propriétaire dudit Joyeuse a
surdit à onze cent cinquante francs payables aux mêmes termes clauses et conditions de l’offre dudit Combaluzier et a signé… « Reynaud »
Le second feu étant éteint il en a été allumé un troisième pendant lequel ledit Laurent Combaluzier a surdit à mille deux cent
francs et offre de payer comptant la somme de quatre cent francs, et le suplus à deux cent francs par an d’année en année à compter de la Saint-Jean-Baptiste prochain en un an, et autres
conditions de son offre et a signé… « Combaluzier »
Le troisième feu étant éteint il en a été allumé un quatrième pendant lequel il n’a été fait ni offre ni surdittes.
Le quatrième étant éteint il en a été allumé un cinquième qui s’est aussi éteint sans offres de sorte que ledit Laurent
Combaluzier reste adjudicataire déffinitif des matériaux de laditte Chapelle du Pouget pour et moyenant le prix et somme de mille deux cent francs, de payer les fraix d’adjudication,
d’enregistrement, de timbre et d’expédition de l’acte de vente ; extrait duquel sera adressé en forme à Monsieur le préfet pour y avoir recours au besoin, a compte de laquelle ditte somme de
douze cent francs, il en a payé en numéraire à la vue de nous dits notaire et témoins, à Monsieur le Maire, celle de quatre cent francs dont quittance, et les huit cent francs restant, il promet
et s’oblige les payer audit bureau de la fabrique, entre les mains de Monsieur le Receveur en quatre payements égaux et annuels, le premier desquels se faira du jour de la Sain-Jean-Baptiste
prochain en un an, et les autres ensuite d’année en année en supportant l’interest a cinq pour cent sans retenue.
Et moyennant ce, Messieurs les Membres du bureau se sont démis et dépouillés des objets vendus sur la contenance de cent quatre
vingt dix mètres et en ont saisi et vêtu ledit Combaluzier pour en prendre possession dès aujourd’hui, avec promesse de le lui faire avoir, valoir, jouir, tenir et posséder et de lui être de
garantie conformément au susdit arrêté de Monsieur le préfet dudit jour vingt neuf octobre dernier, et a présenté pour sa caution ledit Pierre Combaluzier son père qui a été agréé par Messieurs
les membres dudit bureau.
Et en conséquence ledit Combaluzier ici présent a passé toutes les obligations et soumissions à ce requises et nécessaires en
renonçant aux bénéfices d’ordre division et discution pour être le premier (un mot incertain) le cas y échéant, sous la réserve expresse de l’hipothèque espéciale des objets vendus jusques au
parfait payement du prix de la vente.
Dont acte fait lu et récité aux parties, audit Joyeuse, dans l’hôtel de ville, en présence de Sieurs Jean Baptiste Reynaud
propriétaire et Jean François Salavert boulanger, habitants dudit Joyeuse, signés avec parties et nous dit notaire… (Les renvois approuvés)
Combaluzier
Dussaut Curé
Tardy
Cartier
Salavert Reynaud
Gasque
Comte notaire
Patronymes mentionnés : Comte (avocat et notaire), Tardy
(Maire), Dussaut (curé), Gasque (avocat), Cartier (avocat), Combaluzier (cultivateur), Reynaud (propriétaire), Salavert (boulanger).